Olga, je pense à toi.
Depuis les élections, je me rends aux commémorations : 11 novembre et 8 mai.
11 novembre et des hommes
Devant le monument aux morts, devant les drapeaux, devant les plaques commémoratives...
A la lecture du nom des rues de ma ville pendant le défilé du cimetière à la salle des Fêtes,
Olga, je pense à toi.
Il y a :
- le Maire et son discours;
anachronique en ces circonstances, son discours très politisé... de la propagande
- l'adjoint aux anciens combattants, qui jubile;
ce moment, devant le monument, c'est son jour de gloire;
- les anciens combattants avec leurs médailles
toujours le sourire, un petit mot sympa
et puis les autres,
Et moi, moi qui pense à toi, Olga.
Olga,
- Olga Bancic faisait partie du Groupe Manouchian, celui de l'Affiche
- Olga Bancic, qui ne figure pas sur l’Affiche rouge,
- Olga Bancic, qui est la seule femme parmi les vingt-trois membres du groupe de Missak Manouchian
- Olga Bancic, arrêtée puis condamnée à mort en 1944. A 32 ans.
Olga et une lettre
Pendant cette cérémonie du 11 novembre,
comme lors de celle du 8 mai,
peut-être sera-t-il fait allusion à La Lettre de Guy Mocquet
Et, je penserai à une autre lettre;
- une lettre d'une mère à sa fille;
- la lettre qu'Olga a adressé à sa fille... "12 heures avant de mourir"
Comme tant d'autres femmes, tu t'es battue pour la Liberté, la Paix;
Comme tant d'autres femmes, tu es passée dans le silence de l'Histoire;
- Pas de rue, pas de square, pas de parc à ton nom dans ma ville.
C'est pour ça, Olga, que j'ai une pensée pour toi;
pour toi et pour toutes les femmes qui ont sacrifié, leur jeunesse, leur vie;
Et la vie, tu y tenais comme tu tenais à ta fille alors âgée de 4 ans.
Olga, je pense à toi
et à cette lettre que tu as jeté, juste adressée à la Croix Rouge.
Cette lettre que voici, qui commence ainsi
A la Croix Rouge
"Chère Madame. Je vous prie de bien vouloir remettre cette lettre à ma petite fille Dolorès Jacob après la guerre. C’est le dernier désir d’une mère qui va vivre encore 12 heures. Merci. »
Puis dans l'enveloppe
Ma chère petite fille, mon cher petit amour.
Ta mère écrit la dernière lettre, ma chère petite fille, demain à 6 heures, le 10 mai, je ne serai plus.
Mon amour, ne pleure pas, ta mère ne pleure pas non plus. Je meurs avec la conscience tranquille et avec toute la conviction que demain tu auras une vie et un avenir plus heureux que ta mère. Tu n’auras plus à souffrir. Sois fière de ta mère, mon petit amour. J’ai toujours ton image devant moi.
Je vais croire que tu verras ton père, j’ai l’espérance que lui aura un autre sort. Dis-lui que j’ai toujours pensé à lui comme à toi. Je vous aime de tout mon cœur. Tous les deux vous m’êtes chers. Ma chère enfant, ton père est, pour toi, une mère aussi. Il t’aime beaucoup.
Tu ne sentiras pas le manque de ta mère. Mon cher enfant, je finis ma lettre avec l’espérance que tu seras heureuse pour toute ta vie, avec ton père, avec tout le monde.
Je vous embrasse de tout mon cœur, beaucoup, beaucoup.
Adieu mon amour.
Ta mère
Sources et pour en savoir plus
Présences féminines juives en France

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